2017 décembre

Visite de deux membres de l’association à Bordeaux. Visite du musée d’Aquitaine (avec sa bibliothèque et ses archives) le 26 Décembre 2017.

Cette visite se situe dans le cadre de notre projet touristique au Bénin/Togo pour l’été 2018. Notamment sur la partie historique de notre séjour et plus précisément sur la traite négrière.

La traite négrière à Bordeaux est à l’origine de la déportation de près de 150 000 esclaves africains. Avec plus de 600 expéditions négrières (légales et illégales), Bordeaux se place en deuxième position des ports français pour l’ensemble de la période concernée (11,4% des opérations de traite), derrière Nantes. Si la traite négrier a contribue à développer la puissance économique de Bordeaux, c’est bien davantage le commerce direct (commerce de droiture) avec les colonies qui enrichit la ville (activités directs et indirectes liées à la traite tel que les assurances et la transformation des matières brutes comme le sucre, l’indigo, le cacao, le café issus des Antilles).

La traite atlantique débute au xvie siècle. Des Européens acquièrent en Afrique des captifs de guerre et leur font traverser l’océan sur leurs navires pour les revendre comme esclaves en Amérique et aux Antilles. Le trajet s’inscrit dans une rotation maritime, le commerce triangulaire. En 1997, l’historien Hugh Thomas évalue à 54 200 le nombre de traversées, ayant acheminé 13 000 000 captifs, dont 11 328 000 arrivent à destination. Tous les grands ports européens ont plus ou moins pratiqué la traite négrière. Après le Portugal, les ports anglais sont en première ligne : Liverpool organise 4 894 expéditions et Londres 2 704.

La France métropolitaine arme environ 4 220 navires négriers et se classe au troisième rang des nations négrières après la Grande-Bretagne et le Portugal. La ville de Nantes organisa 1 744 expéditions soit 41,3 % du total français (Nantes bénéficie de certains privilèges fiscaux et de sa proximité avec Lorient où est installée la Compagnie des Indes, qui la fournit en indiennes (tissu peint ou imprimé) ou cauris (coquillage) très appréciés des marchands africains d’esclaves). La vente d’arme (canons et mousquets) directement aux chefs de guerre africain a fait accroître la fabrication dans ce secteur. On estime à 300 000 fusils échangés par an de la part les Européens. Suivent trois villes d’égal trafic : Bordeaux (11,4%), La Rochelle et Le Havre qui totalisent à elles trois 33,5 % des expéditions négrières. Saint-Malo, Lorient, Honfleur, Marseille, Dunkerque et plus marginalement Sète, Brest, Saint-Brieuc, Rouen, Cherbourg, Vannes, Bayonne, Rochefort et Marans ferment la marche.

Le premier voyage négrier bordelais s’effectue un siècle plus tard en 1672 : le Saint-Étienne appareille pour Saint-Domingue, via « la Guinée » ; on ignore s’il achève sa rotation. Jusqu’en 1724 neuf expéditions lui succèdent, affrétées par les Compagnies Royales des Indes, de Guinée ou d’Afrique, souvent avec les navires du négociant bordelo-rochelais Etienne Dharriette.

Ainsi fin 1728 dix expéditions de traites en tout ont été organisées à Bordeaux, quand Nantes en a déjà lancé plus de deux cent vingt. Le port girondin dispose en effet d’un arrière-pays dont la prospérité permet de fructueuses exportations vers l’Europe continentale et l’Angleterre d’abord, vers les colonies américaines à partir du XVIII° siècle. Au retour, Bordeaux en importe des denrées – sucre, café, coton, etc. – qu’il distribue Europe et s’impose au milieu du siècle comme la première place française pour ce commerce. Environ 40% des planteurs à Saint Domingue sont originaires de Bordeaux. Pourquoi alors, dans un tel contexte de croissance, se lancer dans des opérations onéreuses et risquées comme la traite ?

Le véritable précurseur est un certain Jean Marchais, commerçant d’origine bordelaise qui a travaillé auprès des grands armateurs nantais. Il en rapporte le savoir-faire, et les fonds nécessaires à l’organisation d’une expédition négrière. Cas atypique parmi ses successeurs, la traite va constituer l’essentiel de son activité d’armement (alors qu’elle n’occupe pas plus de 5% de la flotte marchande d’un David Gradis, par exemple). De 1729 à 1746, il ne lance pas moins de onze voyages vers l’Afrique avec ses quatre navires. Dans son sillage un groupe de dix-sept individus se constitue, qui sont à l’origine ou contribuent à trente-quatre expéditions de traite. Outre l’acquisition du savoir-faire, c’est l’accumulation des revenus d’un commerce maritime plus classique qui permet désormais à la bourgeoisie d’immobiliser les capitaux nécessaires à des opérations de cette envergure.

Les principaux négociants négriers sont alors les maisons David Gradis & fils, Paul Nairac & fils, Laffon de Ladébat, Isaac Couturier, Rocaute de Bussac, Pierre Feydieu, Raphaël Mendès, suivies de Dommenget & fils, des frères Féger, Jean Jaure, d’une veuve Duffour, de Jean Laffon Aîné, Pierre Mongeon, Jean-Valentin Quin, Jean Auger, d’une dame de Belouan, de Dominique Cabarrus (dont la petite-fille Thérésa Cabarrus épousera Tallien), Delzolliès-Lagrange, René-Marie Floch, Léonard Lafitte, François Lartigue, Salomon Lopès-Dubec, Joseph Ménoire, Jacques Montet, Jacques Salleneuve, Antoine Séguy, etc…

L’étude de l’activité négrière puis coloniale du port de Bordeaux et importante pour le séjour que nous proposons ainsi que pour faire perdurer cette mémoire.